#LeWeb : La stratégie de Facebook aujourd’hui et demain selon l’un de ses responsables

Publié le 12/12/2013 dans Facebook, Opérations
À l'attention des lecteurs
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Bonjour à toutes et à tous. L’un des autres petits évènements selon moi lors de la seconde journée de #LeWeb (en plus de l’atelier Google+, dont je viens de faire un billet) était l’intervention de Chris Daniels, responsable du développement chez Facebook, au sujet de ce qu’est Facebook aujourd’hui et de ce qu’il sera demain. J’ai donc suivi cette conférence avec attention, et propose de vous faire un petit récapitulatif de ce qui a pu s’y dire pendant ces 25 minutes.

« Faire du Monde un espace connecté et ouvert »

Mené par l’expérimenté Loïc Le Meur, cet échange a immédiatement débuté par une question clé : « Qu’est-ce que Facebook aujourd’hui ? ». Chris explique que Facebook est une plateforme chargée d’une mission : « Faire du Monde un espace connecté et ouvert ». Il rajoute que le réseau enregistre 1.19 milliard de membres, ce qui reste cependant le dernier chiffre officiel (octobre 2013) ; le nombre total d’utilisateurs est donc probablement un petit peu plus important.

Suite à cette introduction, Loïc a pris le temps d’aborder un certain nombre de sujets, sur lesquels Chris a parfois botté en touche. Globalement, la discussion est allée de Snapchat (et de la dimension « éphémère ») au futur de Facebook, en passant par le mobile, les partenariats, la publicité, les photos, les applications, le social commerce, la recherche en temps réel, la concurrence, la dimension vocale, ou encore la valorisation et les objectifs à atteindre pour Facebook.

Snapchat

Chris n’a pas souhaité entrer dans le détail au sujet de l’éventuelle proposition de rachat de Snapchat par Facebook. Il souligne cependant que l’idée d’une publication « éphémère » est intéressante, et que ce style de communication correspond à un autre besoin que celui auquel répond Facebook : si Snapchat est attaché à l’idée de proposer une solution pour le contenu n’ayant pas besoin d’être mémorisé, Facebook cherche à l’inverse à jouer la carte de l’historique.

« Je ne sais pas si les internautes veulent du contenu éphémère sur Facebook »

Il souligne le fait que ces deux plateformes sont en réalité complémentaires, l’une dédiée à la mémoire court terme, l’autre à la mémoire long terme : « Il y a une place pour ce type de contenu ». Chris ajoute : « Je ne sais pas si les internautes veulent du contenu éphémère sur Facebook […] Il y a vraiment de la place pour les deux ». Il paraît donc bien peu probable de voir des publications éphémères arriver sur Facebook prochainement, puisque cela ne répond tout simplement pas à leur objectif.

Le mobile

« Nous avons fait des erreurs : nos applications mobiles n’étaient pas bonnes ; elles étaient lentes, buggées »

Lors de son arrivée dans la société il y a à peine 3 ans, Facebook était considéré comme un service « web based », ou « desktop based ». La stratégie a changé assez rapidement avec le développement d’une application non native, ce qui s’est avéré être un mauvais calcul : « Nous avons fait des erreurs : nos applications mobiles n’étaient pas bonnes ; elles étaient lentes, buggées […] Nous mettions à jour le site exceptionnellement régulièrement, plusieurs fois par mois, alors que chaque mise à jour sur mobile était espacée de plusieurs mois ».

De gros efforts ont alors été réalisés afin de transformer Facebook en une plateforme « Mobile first ». Les différentes applications sont devenues natives, et donc plus confortables à utiliser, mais ont également été mises à jour bien plus régulièrement, avec une attention particulière sur les feedbacks des utilisateurs. Chris considère désormais que « Nous faisons du bon travail », avec des applications à la hauteur de leurs espérances (je ne suis pas de cet avis).

Les partenariats

Le nombre d’utilisateurs arrivant à saturation dans les pays développés, Facebook met fort logiquement l’accent sur certains pays clés depuis quelques temps, en passant notamment des partenariats avec des sociétés locales. Cette dimension permet donc de valoriser indirectement son service en répondant à une cause noble : accompagner des entités dans le renforcement de leur business model, en proposant des alternatives aux schémas de développement traditionnels.

Puisqu’un bon exemple vaut mieux qu’un simple discours, Chris relaye le partenariat passé avec Globe aux Philippines : le fournisseur d’accès à internet propose désormais un accès gratuit à Facebook pour une période limitée, avec l’espoir que ces internautes, convaincus par la valeur et l’utilité de la plateforme, sauront se laisser tenter par un abonnement payant à Internet dans la foulée. L’utilisation de Facebook comme produit d’appel pourrait donc se multiplier à l’avenir.

La publicité

« Au trimestre dernier, 49% des revenus publicitaires provenaient du mobile »

La publicité ne semble pas être la spécialité de Chris Daniels, mais ce dernier n’a pas hésité à souligner l’importance de la dimension « mobile » dans ce domaine : « Au trimestre dernier, 49% des revenus publicitaires provenaient du mobile, alors que ces derniers étaient proches de zéro il y a encore quelques mois ». De quoi attirer l’attention sur les différents formats publicitaires dédiés au mobile, dont j’ai notamment parlé il y a quelques mois sur le blog.

Instagram

Loïc a ensuite abordé le sujet « Instagram », dont l’acquisition par Facebook avait fait beaucoup de bruit au vu du montant annoncé. Chris précise que Facebook est très satisfait de ce rachat (« C’est le bon prix […] Nous sommes contents ; ils continuent de travailler sur un produit élégant et fantastique »), et rajoute que d’une manière générale, Facebook a su répondre aux enjeux de la photo, passant d’une simple possibilité de taguer ses contacts à une reconnaissance fiable des visages.

« Ils ont eu la possibilité d’obtenir de l’aide de la part de Facebook, de profiter de nos ressources »

Il rajoute que cette acquisition est avant tout un deal gagnant-gagnant : « Ils ont eu la possibilité d’obtenir de l’aide de la part de Facebook, de profiter de nos ressources, ce qui leur a permis de se focaliser sur l’expérience utilisateur » (cette dernière expression ayant été mentionnée à de nombreuses reprises par Chris Daniels durant la conférence). D’un autre côté, Facebook a su mettre la main sur une plateforme à forte croissance, désormais très populaire.

Les applications

Chris est très satisfait de l’écosystème développé au niveau des applications (pour rappel, les applications Facebook sont également exploitables sur les sites et sur le mobile) : « Notre plateforme permet aux développeurs de créer de superbes expériences utilisateurs à travers des applications […] Il y a beaucoup d’applications utilisant le Facebook Login ; c’est absolument extraordinaire. 80% des applications les plus populaires sur l’Appstore l’utilisent ».

« En 2012, nous avons payé plus de 2 milliards de dollars aux développeurs »

Lorsque Loïc lui demande ses applications préférés, il préfère parler de thématiques plutôt que de citer des noms : courant beaucoup, il utilise régulièrement des applications de sport (qui motivent à se surpasser pour faire mieux que ses contacts), de musique (« J’aime le fait de pouvoir découvrir les musiques qu’écoutent mes amis et ma famille ») et s’intéresse au social gaming : « En 2012, nous avons payé plus de 2 milliards de dollars aux développeurs, en partie sur du gaming ».

Le social commerce

« Le social commerce ne propose pas aujourd’hui une expérience utilisateur à la hauteur de ce que cela devrait être »

Lorsque Loïc souligne que l’on ne partage pas ce que l’on achète sur Facebook, Chris précise que c’est assez logique : « La majorité des choses que j’achète sont ennuyeuses ». Pour lui, de nombreuses choses restent à faire : « Le Social commerce ne propose pas aujourd’hui une expérience utilisateur à la hauteur de ce que cela devrait être ; pourtant, le commerce est naturellement social […] Il y a beaucoup de sociétés qui s’intéressent à cette opportunité ».

Le temps-réel

Dans la foulée, la discussion a évolué vers la notion de temps-réel et la fonctionnalité de flux d’actualité. Pour ce dernier, « Le feed a été l’une de nos grosses annonces, je crois que c’était fin 2006 » (Chris Daniels sous-entend ainsi le fait que Facebook n’a pas paniqué et ne s’est pas senti obligé de copier le fonctionnement de Twitter, puisqu’à cette époque le site de microblogging était encore bien loin du succès qu’il connaît désormais aux quatre coins du globe).

Lorsque Loïc précise qu’à la différence de Twitter (pour un événement comme #LeWeb par exemple) la recherche de contenu en temps réel est compliquée, Chris répond que Facebook a pris un peu de retard à ce sujet ces dernières années : « Nous n’avons pas été très bons sur ce point ces dernières années, et nous travaillons donc sur les API dans un premier temps ». L’ajout du système de hashtags, encore peu utilisé, devrait faciliter les efforts réalisés en terme de temps réel.

« Nous savons que les utilisateurs parlent de télévision, de films, de médias sur Facebook »

En conclusion de ce sujet, pour réagir à l’argumentaire en faveur de Twitter de la part de Loïc et en prenant Game of Thrones pour exemple, Chris souligne que Facebook sait précisément de quoi parlent les internautes : « Nous savons que les utilisateurs parlent de télévision, de films, de médias sur Facebook. Nous savons que cela se produit d’ailleurs plus sur Facebook que sur d’autres plateformes. Nous devons simplement faire ressortir ce contenu plus facilement ».

Facebook dans 10 ans

« Je ne sais pas ce que Facebook sera dans 10 ans, mais nous sommes focalisés sur une mission extraordinaire »

Rappelant que Facebook ne pense pas « marché par marché » mais « mission globale », Chris souligne que Facebook n’en est qu’à une première étape, et que ses enjeux vont plus loin que la simple bonne santé de la plateforme : « Nous voulons faire du Monde un espace connecté et ouvert […] Être sûrs d’atteindre le prochain milliard d’internautes […] Je ne sais pas ce que Facebook sera dans 10 ans, mais nous sommes focalisés sur une mission extraordinaire ».

Lorsque Loïc lui demande si Facebook est le nouveau MySpace, il répond avec un air amusé : « Je ne pense pas ». Il rappelle qu’il convient de se focaliser sur trois axes importants : la productivité, l’efficacité et la connectivité. En terme d’efficacité, cela concerne notamment les applications mobiles de Facebook, qu’il souhaite voir « plus efficaces » dans les années à venir. « La seule chose dont je suis sûr est que les internautes vont profiter d’une bien meilleure expérience utilisateur ».

En conclusion

La conversation entre les deux hommes s’est terminée avec un échange sur les objets connectés (Loïc abordant le sujet des enfants en bas âge « tapotant » sur des magazines papier et lui rappelant que Facebook disposant d’une application officielle sur Google Glasses, la plateforme devait encourager ce genre d’initiatives) et sur la valorisation de Facebook : « Je ne pense pas à la valorisation dans mon travail, ce n’est pas ce qui m’intéresse ».

Et vous, comment voyez-vous Facebook dans 10 ans ? La plateforme sera-t-elle toujours aussi utilisée ? Pour ma part, je vois mal comment un autre service à périmètre équivalent pourrait détrôner le géant : seule la spécialisation arrivera à détacher ses membres de leur sphère sociale si complète sur Facebook. N’hésitez pas à me donner vos avis à travers les commentaires de ce billet, sur Twitter (@Kriisiis), ou directement sur… Facebook (Christophe RamelKriisiis.fr).

Crédit Photos : Flickr LeWeb

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Kriisiis

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